Accéder au contenu principal

Contre l'extréme droite et le fascime brun !

 

 



 

La consolidation du Front National, l’extrême droite raciste, se poursuit avec la conquête de la municipalité de Vitrolles, dans le sud de la France. Lors des élections de 1994, le FN avait obtenu près de 20 % des suffrages exprimés à l’élection présidentielle. Avant la conquête de Vitrolles, trois autres mairies avaient été remportées par le FN. Cette progression spectaculaire est le résultat de plusieurs années de gouvernement socialiste sous Mitterrand, au cours desquelles la classe ouvrière est devenue amère et désorientée par les grands espoirs placés dans une administration socialiste. Ces illusions avaient été renforcées par le Parti communiste et par l’extrême gauche. Le fait que des mesures violemment dirigées contre la classe ouvrière aient été prises sous les gouvernements socialistes n’était pas quelque chose que les gauchistes étaient prêts à admettre avant les élections qui avaient porté Mitterrand au pouvoir.

Le racisme est profondément enraciné dans la société française. Il y a l’héritage du racisme issu de l’époque de l’impérialisme français. Il y a ce sentiment de supériorité culturelle nourri par la Révolution française lorsque la bourgeoisie renversa la monarchie et par Napoléon. Il y a l’héritage de la guerre d’Algérie, lorsque les Français furent contraints de se retirer physiquement d’Algérie. Il y a les nombreux pieds-noirs profondément racistes, colons français d’Algérie contraints de se réinstaller, pour la plupart dans le sud de la France. Il existe une forte tradition d’antisémitisme et de réaction « révolutionnaire », remontant à l’époque de l’Action française, qui avait souvent recours aux actions de rue. Il y a l’expérience du régime de Vichy, avec l’implication de nombreux Français dans un régime fasciste maintenu au pouvoir par les nazis allemands.

À cela s’ajoute la droite réactionnaire de l’Église catholique, particulièrement forte en France et opposée aux traditions tout aussi fortes de laïcité et de libre pensée, nombre de ses membres étant actifs au sein du FN. Il faut également tenir compte de la position constamment nationaliste du Parti communiste, qui disposait d’une implantation massive dans la classe ouvrière, implantation qui ne diminue que depuis quelques années. Il faut aussi prendre en compte le fait que l’extrême gauche, tout comme de nombreux anarchistes, n’a pas abordé sérieusement les problèmes du racisme. Il n’y avait aucune propagande efficace contre le racisme et le Front National  la plus grande organisation gauchiste, Lutte Ouvrière, produit plusieurs centaines de bulletins d’usine deux fois par mois — a totalement ignoré les problèmes du racisme et du FN. Pour l’essentiel, l’extrême gauche s’est rangée derrière le Parti socialiste et les syndicats lors de manifestations pacifiques qui n’ont pas affronté le FN. Il existait un sentiment général selon lequel le FN était un phénomène qui disparaîtrait rapidement. À l’honorable exception de groupes comme le SCALP, personne ne semblait comprendre que le racisme devait être combattu par des arguments révolutionnaires et que le FN devait être sérieusement affronté, aussi bien théoriquement que physiquement, avant de pouvoir se développer.

Aujourd’hui, le FN a considérablement grandi et s’enracine grâce à sa stratégie de conquête des mairies. Dans les municipalités qu’il a conquises, le harcèlement des populations immigrées, y compris les agressions physiques, augmente, tandis que les bibliothèques publiques sont purgées des livres qui déplaisent au FN, comme à Orange. Divers groupes culturels sont privés de financements et les musiciens noirs sont découragés de s’y produire. À Toulon, le maire FN a collaboré avec la police locale, elle-même largement infiltrée par des membres du FN, afin de faire licencier le directeur du Théâtre national de danse et de l’image, qui s’était constamment opposé au FN.

Comme l’écrit un anarchiste français :

« Le gouvernement actuel de centre-droit ainsi que ses prédécesseurs socialistes ont été particulièrement complices de la montée de l’idéologie fasciste en France. En affirmant que le FN avait de “mauvaises solutions à de bonnes questions”, ils ont permis aux fascistes de donner le ton du débat politique. En introduisant des lois toujours plus xénophobes sur l’immigration, les deux gouvernements espéraient couper l’herbe sous le pied du FN. Au contraire, le FN a pu contrôler les politiques publiques, conserver son image populaire d’organisation anti-système et éviter d’être tenu responsable de l’échec des politiques racistes.... »

Le noyau du FN était constitué d’une alliance entre des catholiques réactionnaires, des fascistes déclarés issus de l’Ordre Nouveau, aujourd’hui disparu, des monarchistes et des réactionnaires petits-bourgeois issus de l’ancien mouvement poujadiste. Aujourd’hui, cependant, le FN dépasse ses soutiens issus de la petite bourgeoisie et des petites et grandes entreprises pour aller vers la classe ouvrière. Au cours de l’année écoulée, un nombre croissant de personnes issues de la classe ouvrière ont participé aux rassemblements du FN et une partie du vote FN provient certainement de la classe ouvrière.

La seule alternative crédible au FN vient des anarchistes. Nous avons de profondes critiques à l’égard de la Fédération Anarchiste (FA), du syndicat anarcho-syndicaliste CNT-F, et d’organisations comme Alternative Libertaire — située à droite du courant communiste libertaire — et l’Organisation Communiste Libertaire — solide sur de nombreux sujets, mais avec des positions discutables sur la libération nationale. Néanmoins, ces anarchistes ont souvent été à l’avant-garde des luttes, aussi bien sur le lieu de travail que dans les luttes pour la défense du droit à l’avortement, du divorce et des immigrés clandestins.

Parallèlement à la montée du FN, on a assisté à une combativité croissante de la classe ouvrière et il semble se produire une polarisation grandissante de la société française. Le FN, et la classe patronale dans son ensemble, sont conscients de l’attrait des idées anarchistes. En conséquence, plusieurs poursuites ont été engagées par le FN et par le gouvernement contre la presse anarchiste.

Le dirigeant du FN, Le Pen, a engagé des poursuites contre le journal de la Fédération Anarchiste, Le Monde Libertaire, parce qu’il contenait un dessin qui lui avait déplu. À peu près au même moment, Debré, le ministre de l’Intérieur, a poursuivi Le Monde Libertaire pour outrage, diffamation et incitation au meurtre de policiers ! Un peu plus tard, la députée Christine Boutin, dirigeante de la droite catholique et de plusieurs groupes anti-avortement, a poursuivi le journal anarcho-syndicaliste Le Combat Syndicaliste pour diffamation à l’encontre des groupes anti-avortement.

Ces procès sont toujours en cours. Dans le cas des poursuites engagées par Le Pen, il est probable qu’il les perde. Cependant, Debré espère mettre Le Monde Libertaire à genoux avec une amende comprise entre 100 000 et 300 000 francs, tandis que Boutin espère obtenir 65 000 francs de dommages et intérêts. L’objectif de toutes ces poursuites est de faire taire la presse libertaire, considérée comme constituant un pôle de résistance.

Comme si cela ne suffisait pas, des attaques physiques ont commencé à viser les anarchistes. À la suite d’une manifestation organisée par des groupes de la FA à Lyon le 15 février, pour protester contre les poursuites engagées par Le Pen, 50 autocollants ont été apposés pendant la nuit sur la librairie et les locaux de la FA à Lyon. Ils étaient signés par la branche jeunesse du Front National. Cela ne s’était jamais produit auparavant dans ce quartier, considéré comme un bastion révolutionnaire.

Puis, à 5 heures du matin le lendemain, la librairie a été incendiée. L’ensemble du stock et la librairie ont été détruits, bien que les salles de réunion adjacentes soient restées utilisables. Les incendiaires ont également mis le feu à l’entrée d’un immeuble résidentiel adjacent, où vivaient de nombreux immigrés. Par chance, aucune vie humaine n’a été perdue.

Dans les suites de l’attaque, une manifestation de soutien rassemblant 3 000 personnes a eu lieu le 22 février à Lyon, avec un millier de personnes dans le cortège anarchiste. Le même jour, une manifestation anarchiste de soutien à Montpellier a rassemblé 400 personnes — le même jour, 100 000 personnes manifestaient à Paris contre les lois anti-immigration.

Deux jours plus tard, un repas de soutien aux immigrés clandestins et contre les lois anti-immigration de Debré, organisé à Lyon, a été submergé par un millier de personnes — seulement 50 repas avaient été préparés !

L’attaque incendiaire s’est finalement retournée contre les fascistes, grâce au soutien massif de la population lyonnaise. Le téléphone et le fax de la librairie ont été réinstallés comme première étape.

Le Secrétariat international de la FA a déclaré dans sa correspondance au sujet de ces incidents :

« Notre ennemi n’est pas seulement le fascisme, mais toute la société d’exploitation et d’oppression : nous refusons donc de fragmenter notre lutte, qui doit être globale. »

Nous encourageons tous les camarades et toutes les personnes intéressées à envoyer des lettres de solidarité et des dons à Plume Noire, 19 rue Pierre Blanc, Lyon, France.


Note Un nouveau Front populaire

Alors que les troubles sociaux augmentent rapidement et que les anciennes institutions de l’État français commencent à se déliter, il n’est pas surprenant de voir les forces de gauche chercher une solution qui permettra de maintenir le capitalisme et de rétablir la stabilité. À l’avant-garde de cette démarche se trouve le Parti communiste français (PCF).

Lors de leur récente conférence en décembre, ils ont discuté en détail du renouvellement d’une alliance avec le Parti socialiste. Cela préparerait la voie à un nouveau gouvernement de coalition qui pourrait remplacer le gouvernement Juppé s’il était contraint de démissionner en raison de l’agitation sociale grandissante.

Robert Hue, secrétaire national du PCF, a explicitement mentionné le gouvernement du Front populaire des années 1930. Il a déclaré :

« Notre parti a le devoir de participer au gouvernement afin de garantir qu’une politique de changement soit mise en œuvre. Nous considérons que .... la possibilité d’avoir des ministres communistes permettra de faire remonter les revendications des citoyens vers les institutions et les dirigeants de la France. »

La conférence était conçue comme un exercice cosmétique. Elle était intitulée « conférence de la réforme » et plusieurs vieux apparatchiks staliniens démissionnèrent du Comité central comme « preuve » de ce changement. Un dirigeant stalinien de la direction de la CGT, la centrale syndicale dominée par le PCF, « démissionna » du Parti.

La conférence avait pour objectif de prouver à la classe patronale que le PCF était un parti docile et inoffensif, tout en offrant dans le même temps une « alternative » à la classe ouvrière. En complicité avec les socialistes, une nouvelle administration de type Front populaire sera utilisée pour désamorcer l’agitation qui est en train de prendre de l’ampleur.

Et il s’agit d’une répétition de l’expérience du « gouvernement de la gauche » de 1981, qui comprenait le PCF ainsi que de petits partis de gauche comme le Parti socialiste unifié (PSU). Durant cette période, de vastes attaques furent menées contre la classe ouvrière.

Le PCF tente de montrer que cette fois, le programme est différent. C’était l’objectif des déclarations de Hue prenant ses distances avec l’ancienne direction de Georges Marchais, qui avait soutenu avec enthousiasme l’Union soviétique et ses alliés. Comme Blair, Hue fait l’éloge du marché. Comme ses homologues italiens, Hue dirigera un PCF qui collaborera à de violentes attaques contre les acquis obtenus dans le passé par la classe ouvrière.

Mais pour y parvenir, le PCF doit faire entrer de nouveaux alliés. Il a perdu beaucoup de son influence et de son respect au sein de la classe ouvrière française. Afin de retrouver une certaine crédibilité, il doit intégrer de nouveaux partenaires issus du trotskisme.

Il souhaite obtenir le soutien de groupes comme le Parti des Travailleurs, Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire. Jusqu’à présent, Lutte Ouvrière les a tenus à distance, mais il semble y avoir davantage de possibilités avec le Parti des Travailleurs et la Ligue.

Déjà, le vétéran de 1968 et dirigeant de la Ligue, Alain Krivine, est apparu sur des tribunes communes avec le PCF. Il est fort possible que Krivine participe à un futur gouvernement de type Front populaire. Il bénéficie déjà d’une large couverture dans les médias de la classe dominante.

Une légitimation trotskiste d’une administration réunissant socialistes, communistes et syndicats pourrait éventuellement ouvrir la voie à une désillusion croissante et à la possibilité d’un gouvernement FN.

Face à ces manœuvres, il est essentiel qu’une alternative révolutionnaire crédible soit proposée.

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

La contre-révolution en Russie commence en octobre 1917 : critique de la gauche communiste

    Il faut être clair : la contre-révolution en Russie ne commence pas en 1921. Elle commence avec la prise du pouvoir par les bolcheviks en octobre 1917. C’est précisément sur ce point qu’une grande partie de la gauche communiste commet une erreur d’analyse . En faisant de 1921, de Kronstadt ou de la mise en place de la NEP le moment de la contre-révolution, elle conserve implicitement une lecture d’un bon bolchevisme et d’un mauvais  selon laquelle la révolution bolchevique aurait été authentiquement révolutionnaire pendant plusieurs années avant de dégénérer. Cette lecture est complètement erronée.   Le problème fondamental apparaît dès octobre 1917 : un parti politique s’empare du pouvoir d’État et  exerce  la dictature sur le  prolétariat. Les soviets cessent progressivement d’être conçus comme des organes autonomes de la classe ouvrière pour être intégrés à un appareil d’État dominé par le pouvoir bolchevique, notamment à travers le Comité...

Critique du trotskysme : la contre-révolution ne commence pas avec Staline

  La contre-révolution, c’est la prise de pouvoir des bolcheviks en octobre 1917. Vous parlez des soviets, mais les bolcheviks les ont infiltrés et bolchevisés pour les ramener à l’appareil d’État et détruire leur autonomie. Les soviets n’étaient pas là pour donner le pouvoir à des politiciens professionnels. Ils étaient des organisations de travailleurs. Les trotskystes répète comme des perroquets   « La Russie était arriéré »  C’est faux ! La Russie n’était pas arriérée. Des écoles et des universités existaient bien avant les bolcheviks. Il existait déjà une population instruite, des travailleurs organisés et des mouvements révolutionnaires avant la prise de pouvoir des bolchevik s. C’est une propagande destinée à justifier une prise de pouvoir par des politiciens professionnels d’avant-garde. On présente la Russie comme un pays arriéré pour justifier qu’une minorité puisse prendre le pouvoir au nom des travailleurs. La Terreur rouge de 1918 est éga...

Fascime Rouge

    LE FASCISME ROUGE   Je viens de lire un extrait de lettre de notre vaillant camarade A. Petrini, qui se trouve en U.R.S.S., dans une situation de proscrit. J’y trouve les lignes suivantes : « (…) Un par un, on nous emprisonne tous. Les vrais révolutionnaires ne peuvent pas jouir de la liberté en Russie. La liberté de la presse et celle de la parole sont supprimées, aucune différence donc entre Staline et Mussolini. » J’ai souligné exprès la dernière phrase, car elle est parfaitement juste. Cependant, pour bien comprendre toute la justesse de cette brève formule, pour bien saisir tout son terrible réalisme, il est indispensable d’avoir du fascisme une notion profonde et nette : plus profonde et plus nette que celle qui est généralement admise dans les milieux de gauche. Ayant cette notion, le lecteur comprendra la phrase de Petrini non pas comme une sorte de boutade, mais comme l’expression exacte d’une très triste réalité. Les bases du fascisme Lorsque ...